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mardi 13 septembre 2011

Le maître du temps

"Mais t'inquiète pas, ça viendra quand ça viendra", "T'es encore jeune, tu y arriveras sans problème", "Avant un an, t'as pas à te faire de soucis, c'est normal", et enfin "Tu sais, j'ai une copine, elle a mis 2 ans pour avoir un bébé et maintenant elle en a 3 alors, franchement, te prends pas la tête!"... Franchement, je me prends pas la tête, je vais juste exploser sous l'emprise brutale d'une envie de fracasser la tête à la prochaine qui me dira des trucs dans ce genre. Stop! J'ai en plus que assez. Pourquoi personne ne comprend ne serait-ce qu'une once de ce que je peux ressentir? Pourquoi toujours les mêmes phrases peu réconfortantes sur la "normativité" supposée de ma physiologie ? Pourquoi enfin la comparaison immédiate avec d'autres "femelles" de mon espèce qui ont déjà passé par là et ont forcément plus souffert que moi. Comme si la plus grande souffrance des autres rendait ma propre peine plus supportable. Comme si l'exemple des autres accélérerait mon ovulation et augmenterait mes chances à procréer. Et que celle parmi ces mères accomplies qui  ne se reconnaît pas dans mon récit d'une angoissée hystérique me jette la première pierre.

dimanche 7 août 2011

Il était une fois...

Il était une fois un bateau qui faisait une longue promenade sur la Saône le temps d'un dîner exquis, accompagné de commentaires historiques sur la ville baignée dans la lumière. Rendez-vous à Lyon pour un romantique parcours de l'île Barbe, d'abord sur le Rhône vers la Confluence et puis le long des berges de la Saône pour découvrir le vieux Lyon, ses cathédrales illuminées et ses ponts majestueux.

C'était une surprise. Une mystérieuse aventure d'une femme amoureuse, qui veut plaire et séduire davantage. Une belle rencontre d'une envie soudaine d'épater et d'un désir profond de faire quelque chose ensemble avec celui qu'on aime. Pourquoi pas un dîner en amoureux sur un bateau?

Il était persuadé de dîner dans un restaurant nouveau, soit un restaurant de cuisine russe, soir un restaurant français mais chic. Du genre à vous éclater les papilles et le porte-monnaie en même temps. Sa suprise a été d'autant plus grande qu'en abandonnant le quartier des cafés derrière nous, on est tout de suite tombé face au bateau qui nous attendait à quai. "Mais, on va où au juste?" dit-il en faisant des premiers pas sur le pont de l'Université. "T'inquiète pas, notre restaurant est juste là" - lui dis-je, un sourire en coin. La magie peut commencer.

Une ambiance feutrée de la salle, des serveurs en uniforme des marins, une musique de fond apaisante, un léger bruit des vagues... tout a été conçu pour rendre ce dîner encore plus romantique et inoubliable. Et en ce qui concerne le romantisme, les règles strictes du genre ont été respectés jusqu'aux moindres détails. A peine arrivée à notre table, une serveuse nous apporte des menus. Au bout de quelques minutes d'une scrupuleuse observation, je me rends compte que quelque chose cloche. Je n'ai pas de prix dans mon menu! Je jette un coup d'œil dans celui de M.  : il y a bien des prix. Comme c'est galant de la part du restaurant de proposer des menus "femmes" (je suis invitée, je pense pas à l'argent, je me contente d'être belle) et "hommes" (j'invite, je calcule frénétiquement dans ma tête si tout ça vaut le coup et je me régale)! Sauf que cette fois-là, c'est moi qui invitais! Et même si c'était lui, pourquoi faire la différence? Alors, la femme n'est pas censée se préoccuper du côté pécuniaire de l'affaire car elle est invitée, c'est donc l'homme qui paye, qui investit dans la soirée, qui s'attend à avoir son retour sur investissement. Mais sous quel forme? Devant ma stupéfaction, M. ne peut s'empêcher de sourire. "J'en connais une qui va pas tarder à mettre tout ça sur son blog". On rigole ensemble et échange les menus. Le romantisme avec un léger arrière-goût du sexisme, non merci. D'un seul coup, je l'attire vers moi et lui chuchote dans oreille : "A ton avis, qui a eu le menu sans prix à la table d'à côté?" Juste devant nous, deux femmes d'une trentaine d'année étudiaient leurs menus. Une assez jolie avec de longs cheveux bruns, un jean moulant et un haut simple qui mettait en valeur sa poitrine et l'autre plutôt garçon manqué, une posture raide, des petits bouts de seins sous un t-shirt unisex, un jean noir et des baskets. Un couple lesbien. On n'a jamais su la réponse.

Le repas a été délicieux et contrairement à ce qu'on pouvait imaginer, bien copieux. Des produits frais de saison rivalisaient avec du fromage crémeux et des desserts succulents. J'ai rarement eu l'occasion de manger aussi bien dans un restaurant, cela été une vraie surprise pour tous les deux. Au moment de régler la note, un serveur nous apporte un carnet discret et le pose délicatement devant le monsieur. Ah non, ça suffit maintenant! Je cherche le serveur et lui indique que c'est moi qui paye et par CB s'il vous plaît. Une nouvelle pensée pour le couple gay d'à côté, qui a eu droit au carnet magique?

En sortant du bateau, un air frais de la nuit nous ramène à la réalité : chercher un bus, une station de métro, rentrer chez soi. La soirée a été exceptionnelle, pleine de douceur et de plaisirs, autant gustatives que culturels. Nous avons découvert Lyon dans toutes ses lumières, à travers les siècles et les quartiers, sur ses artères principales : la Saône et le Rhône. Les deux fleuves qui ne deviennent qu'un seul comme les deux amoureux qui s'unissent pour l'éternité.

samedi 4 juin 2011

Cosette

C'est comme ça que M. m'appelle quand je me mets à pleurnicher pour un oui ou pour un non, quand je me plains de tout et de rien, quand je m'approche de trop près des limites de sa patience tout en réclamant mon du au monde entier. "Ma pauvre Cosette, comme tu es malheureuse dans ton 70 m² avec un mari qui t'aime, un boulot qui rapporte dans un pays qui ne connaît pas la guerre..." Certes, il a raison, je suis loin d'une Cosette, telle qu'on la connaît dans le roman de Victor Hugo - une enfant maltraitée, abandonnée, exploitée par les adultes. Mais je ne peux pas m'empêcher de me plaindre. Il n'y a jamais rien qui va comme il faut : la vaisselle est propre, mais il reste des tâches sur une assiette, je me sens belle, mais trouve mes hanches un peu charnues, il fait beau aujourd'hui, mais un petit vent frais se faufile par la porte entrouverte... Et là, je ne parle que de moi, dans ma vie privée, sans effleurer de plus gros sujets qui fâchent comme la politique, l'économie, l'égalité femmes/hommes (tiens, la-dessus, je suis carrément Cosette). Je ne vois jamais le verre à moitié plein, disons, qu'il est presque à moitié plein, mais il reste quelques gouttes imperceptibles, visibles uniquement à mon oeil, qui gâchent le tableau. Personne ne les voit à part moi. Et vu que personne ne s'en rend compte, il est de mon devoir de le montrer afin de ne pas laisser mon entourage dans l'ignorance complète concernant les gouttes qui manquent dans un verre à moitié vide. Cosette, vous dites? Mais est-ce qu'elle se plaignait déjà, cette pauvre gamine? J'en suis même pas sûre.
Ce dont je suis certaine par contre, ce que les Cosettes comme moi, il n'y en a beaucoup. Mais pas vraiment des "Cosettes" comme prétend M. Non. Des filles maltraitées, abandonnées, abusées, déçues, peut être, mais surtout des filles qui se plaignent, qui avancent, qui se cognent, qui se battent, qui revendiquent et qui obtiennent des égalités promises et des droits innés. Et surtout, des filles qui causent. Sur tout et sur rien, sur les hommes et les femmes, sur la politique, l'économie et, tiens !, l'égalité. Des vraies Causettes!
C'est en surfant sur Internet que j'ai découvert le magazine féminin  et féministe "Causette" il y a déjà quelques mois, mais c'est que hier que je acheté mon premier numéro. Et c'est que hier, que mon cerveau a fait la concordance phonique du mot Causette avec mon petit surnom affectif donné par M. Et si j'étais en réalité une Causette? Il avait peut être vu juste, mais hésitait à me le dire...